Regroupement de forces vives

Création de l'association Solidarité Anti-Pollution Ouest


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Diverses forces vives de l'ouest se sont réunies jeudi dernier à Tamarin pour annoncer la création de Solidarité Anti-Pollution Ouest (SAPO). Une association qui vise à faire entendre la voix de ceux directement concernés sur tout projet de développement jugé dangereux ou néfaste pour cette région, qu'ils estiment menacée. Les travaux entrepris par Mauriplage à Wolmar et le projet d'hôtel sur l'île aux Bénitiers constituent actuellement la principale préoccupation de ces personnes qui estiment que les pêcheurs sont injustement accusés de la dégradation de notre lagon, alors que le secteur hôtelier, jugé plus dangereux, continue à se développer en toute impunité.

"La région ouest est en danger. Elle est menacée par divers projets qu'on dit être de développement mais qui vont en fait nous faire reculer. Sé pou sa raison-la ki nou fine décidé pou marié piké pou forme ène la force ki pou kapav konbat sa bane danger-la" : c'est en ces termes que Karl Lamarque présente Solidarité Anti-Pollution Ouest (SAPO), l'association nouvellement créée dont il est le porte-parole. Sous ce chapeau commun se retrouvent notamment l'Association des Pêcheurs et Plaisanciers de l'Ouest, la St Benoit La Preneuse Cooperative Society, la Tamarin Multi-Purpose Society, les Forces Vives de Cotteau Raffin, des représentants du conseil de village et des forces vives de Tamarin.

Le premier dossier qui mobilise l'attention de SAPO est le projet du futur hôtel Mauriplage à Wolmar de créer un récif artificiel et une jetée dans le lagon. Des lettres de protestation à ce sujet ont été envoyées la semaine dernière aux ministres du Tourisme et de l'Environnement respectivement, et une manifestation des pêcheurs et opérateurs de bateaux de plaisance de la région a été organisée sur place, mercredi dernier. "Zot fine zette bane gro gro roche ek fer bane bel machine marsé dan la mer. Apré ou tane dir péser kasse koray, interdi nou la pesse la senne, mé sa péna problem, zot kapav fer li", s'insurgent les pêcheurs de la région, chez qui on sent une grande amertume par rapport à cette attitude qualifiée de "deux poids deux mesures".

Mercredi dernier, Karl et Antonio Lamarque ont en conséquence consigné une déposition à la police contre les travaux effectués par Mauriplage dans le lagon, travaux qu'ils estiment illégaux et dangereux pour les écosystèmes de la région, donc susceptibles de porter préjudice à leurs activités futures de pêcheurs et plaisanciers. "Il y a là une importante étendue de corail qu'ils sont en train de détruire complètement. Cela va grandement affecter la présence de poissons dans le lagon de Wolmar. Par ailleurs, il y a déjà là un grave problème d'érosion. Au lieu de mettre des gabions pour protéger la plage et ses alentours, on y construit un hôtel qui va encore venir aggraver les choses. Mais de quel développement sommes-nous en train de parler ?", interroge le porte-parole de SAPO.

Pas question d'être un 2ème Grand-Baie

Cette association s'insurge par ailleurs contre la déclaration du ministre du Tourisme, Nando Bodha, à l'effet qu'il voudrait faire de l'ouest un second Grand-Baie. "Touriste pé sauvé dan Grand-Baie. Li pé pran ène mové simin. Nou pa dakor. L'ouest bizin gard so spécificité, so lagon, so la kot prop, pa encombré", déclare Karl Lamarque.

SAPO se déclare également opposée au projet d'hôtel sur l'île aux Bénitiers annoncé par le ministre du Tourisme. "C'est un projet qui va en réalité bloquer le développement touristique dans l'ouest. Car l'île aux Bénitiers est la seule île de notre côte qui soit accessible pour les touristes et les Mauriciens. C'est une destination récréative incontournable pour les touristes qui viennent séjourner dans la quinzaine d'hôtels de la région. De plus, quand les terrains sur la côte seront épuisés et qu'on se mettra à construire à l'intérieur, où ces touristes iront-ils bronzer et se promener si l'on ferme ce genre d'ouvertures essentielles ? Et tout cela sans mentionner la pollution que va causer un hôtel sur un îlot. Il faut faire très attention car l'ouest est la seule région où on peut actuellement voir des dauphins, ce qui constitue une grande attraction. L'île aux Bénitiers profite actuellement à tout le monde, on veut la réserver à une petite poignée de personnes. Ce sera une perte de patrimoine national. Il faut la classifier destination récréative pour touristes et Mauriciens", estime la SAPO. Qui envisage d'organiser prochainement une "Journée patriotique" en transportant gratuitement tous ceux qui voudraient s'y rendre à l'île aux Bénitiers, en signe de protestation contre ce projet hôtelier.

Pour cette association, un développement accru risque d'entraîner des problèmes de pollution et d'érosion plus graves, et de priver les pêcheurs de leur gagne-pain. "Nou pa bane expert ni bane intelektiel, nou bane ti-dimoun ki éna l'expérience terrain et nou fine bien trouvé ces derniers temps tou bane problem ki dévlopman hotelier améné oussi", disent les membres de cette association. Qui se prononcent en faveur de l'élaboration d'un plan stratégique à long terme pour le développement du secteur touristique et non une vision à court terme. La SAPO lance à cet effet une "mise en garde" aux autorités afin qu'elles ne cèdent pas aux lobbies et ne deviennent pas, pour reprendre l'expression d'un député de la région, des "marionnettes sponsorisées"

8 juillet 2001

Le Week End