Roches-Noires: les villageois réclament des accès à la plage


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Après avoir interpellé leurs députés, les conseillers du village et les représentants des forces vives de Roches-Noires lancent aujourd'hui un ultime appel au ministère du Logement et aux Administrations régionales. Ils réclament l'aménagement de la plage publique du village et… l'ouverture d'accès publics - inexistants à ce jour - aux autres plages du coin.

Petit village côtier de quelque 6 000 habitants, Roches-Noires est le seul de sa circonscription (le nº 7) à être doté d'une plage publique. Or, cette plage décrétée en 1990 est aujourd'hui dans un état de quasi-abandon. Pas de lampadaires, ni de bancs, ni même une plaque à l'entrée pour indiquer qu'il s'agit d'une plage publique ! Seul signe distinctif de cette aire de pique-nique, un kiosque en béton aménagé il y a une dizaine d'années par le conseil du village. Dans le lagon, une jetée en pierre inachevée et abandonnée, dresse une sorte de "frontière" entre la plage publique et les rivages d'un terrain "privé" appartenant à une propriété sucrière. Une longue bande de plage rocheuse considérée par les villageois comme un prolongement de la plage publique. Autrefois, les habitants de Roches-Noires, Belle-Vue et Rivière du Rempart s'y rendaient régulièrement, en empruntant un accès de l'établissement sucrier. Mais aujourd'hui que le terrain est habité, l'accès à la plage a été bitumé et fermé aux villageois.

Dans ce village jadis réputé pour ses plantations d'oignons et de légumes, on sollicite l'attention des Administrations régionales. "Nu pé attane ki Beach Authority vinn guette nou la plage", dit Twaleb Yarroo, secrétaire des forces vives de Roches-Noires, représentant le village au conseil de district du Nord. Ce dernier, ainsi que le nouveau président du conseil du village et le président des forces vives de Roches-Noires, respectivement MM. Jeewan et Seegoolam, souhaitent que la plage longeant l'établissement sucrier soit décrétée publique… Ou dans le pire des cas, qu'un accès public y soit aménagé.

À quelques mètres de là, près du débarcadère, des campements à perte de vue, leurs murailles érigées sur le "high-water mark", à la limite des rochers. Ce qui rend difficile l'accès aux autres plages du village. Aujourd'hui, par exemple, la seule façon d'accéder à la jolie petite plage à droite du débarcadère, c'est d'emprunter un "retaining path" longeant une série de bungalows, à droite du débarcadère. Ce sentier qui figurait parmi les demandes du conseil du village soumis aux députés de la circonscription, il y a deux ans, fut en effet construit après négociations avec le propriétaire des premiers campements. Malheureusement, cet accès reste très difficilement praticable : seuls l'empruntent, en général, les pêcheurs du coin ou les amateurs de pêche tels que Mounoun Ramdoor, qui affirme, pour sa part, avoir eu des problèmes avec des chiens de certains propriétaires de campements. Pour les villageois, il serait temps que les autorités songent à rouvrir les deux accès publics, qui, affirment-ils, existaient au temps de leurs parents ou grands-parents, et qui mèneraient directement sur cette petite plage. Quels accès ?

Des accès publics effacés de la carte ?

"D'après seki bann grand dimounn dire, longtemps ti ena deux l'accès publics après débarcadère, lors la route côtière. Mé azordi, zot né plis existé", s'indigne le président des forces vives de Roches-Noires. Ainsi, dans ce village, comme ailleurs dans l'île, ces accès auraient été, au fil des ans, complètement effacés de la carte. Donc, impossible à retracer, ailleurs que dans la mémoire des "vié dimounn" de l'endroit. Par ailleurs, les représentants des forces vives regrettent qu'un passage utilisé pendant des années par les villageois, ait été brusquement fermé au public. "Nous ti ena enn chemin ki tou dimunn village ti pé utilisé pou alle jusqu'à la plage, mais depuis quelques années, bann propriétaires campements finn mette enn laporte avec enn plaque Propriété privée". Donc, astère-là, né pli ena aukène l'accès direct pou alle lors la plage", ajoutent-ils, dépités.

Lors d'une réunion avec deux députés de la circonscription - le ministre Ravi Yerrigadoo et Prakash Meenowa -, le 7 avril 2001, les représentants du conseil du village et des forces vives de Roches Noires avaient dressé un mémoire en quinze points. Toutes leurs revendications ont été prises en compte… sauf deux : l'aménagement de la plage publique et l'aménagement d'accès à la plage à droite du débarcadère. La seule zone d'ombre dans ce village qui, selon les forces vives, serait un havre de paix par ailleurs très gâté par la nature. En effet, en sus de sa magnifique forêt d'eucalyptus - celle-là même qui faillit être rasée, il y a quelques années, pour accueillir l'aéroport du Nord - et de ses vergers de mangues, Roches-Noires est surtout connue pour ses cavernes. Parmi, la Cave Princess Margaret, nichée au milieu de la forêt d'eucalyptus - à quelques mètres d'une fabrique de charbon -, et qui, selon certains experts, rejoindrait sur un kilomètre environ une autre caverne à Plaine des Roches, appelée Twilight. Mais la plus célèbre est bien la Grande-Cave, plus connue comme La Cave Madame, en cours de réhabilitation par le ministère de l'Environnement et qui sera inaugurée à la fin du mois. Cette caverne, utilisée autrefois par les lavandières du village, puis peu à peu convertie en dépotoir, a été entièrement relookée. Clôturée de pierres taillées et de bois, aménagée de marches, de rampes et de lampadaires, et rehaussée de plates-bandes de fleurs et de verdure, la Cave Madame est aujourd'hui très facile d'accès.

Ces développements, estiment les forces vives de Roches-Noires, sont un atout pour les habitants de l'endroit et ajoutent aux attraits touristiques de ce village. Sanjay Kumar Jeewan, élu président du village il y a quelques jours seulement, affiche comme priorité l'aménagement de drains dans le village. Parallèlement, il espère bien, avec la collaboration du conseil de district du Nord, faire avancer le dossier des plages auprès des autorités concernées. Du côté du ministère des Administrations régionales, on fait état du plan d'aménagement des plages, conçu par la Beach Authority et qui devrait entrer en vigueur dans les semaines à venir. La priorité toutefois serait accordée aux plages les plus fréquentées par le public, dont Flic-en-Flac. Toutefois, "si nous recevons une requête officielle du conseil de village de Roches-Noires, nous verrons ce que nous pouvons faire", promet un officier des Administrations régionales.

Le Week End 9 Fevrier 2003