Conclusions d'une étude environnementale Grand-Baie, "baie agonisante"


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Une urbanisation non planifiée, trop rapide et sans aucune étude préalable peut parfois coûter cher, très cher. La station balnéaire de Grand-Baie est aujourd'hui décriée comme un exemple du danger auquel certaines zones côtières de l'île, en pleine phase de développement, sont aujourd'hui exposées. Le rapport d'étude de Gibb (Mauritius), soumis au gouvernement le mois dernier, vient établir les risques environnementaux qui pèsent sur ce petit village côtier. Inondations, détérioration du lagon, présence de polluants chimiques dans les eaux de surface et souterraines, disparition de près de deux tiers des marécages… la liste des dégâts est loin d'être exhaustive.

"Le rapport sur les risques environnementaux à Grand-Baie vient, en quelque sorte, confirmer ce qu'on savait déjà depuis longtemps." Cette réflexion du ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, évoque la pertinence de ce problème qui, pendant trop longtemps, n'a pas été réellement pris au sérieux. Le rapport d'étude de Gibb (Mauritius), intitulé "Study of environmental risks in Grand-Baie" et commandité par ce même ministre, vient en effet démontrer à quel point le "laisser-aller" en matière de développement, peut être nuisible non seulement à toute une communauté, mais surtout à l'environnement dans son ensemble. "En raison d'une urbanisation non planifiée et de l'autre, du non respect des normes environnementales, Grand-Baie est devenue une baie agonisante. De plus, puisque la valeur des terrains dans la région a connu une hausse énorme, des spéculateurs fonciers, sans scrupule, n'ont pas hésité à charcuter, morceler, combler les drains naturels et les marécages, vitaux pour gérer les innondations et la qualité de l'eau du lagon", ajoute le ministre.

L'étude, dirigée par un groupe d'expert en matière de géologie et d'hydrologie, consistait principalement à établir les risques environnementaux causés par le développement urbain sur les marécages, particulièrement à Camp Carol, Cité Lumière et le Grand-Baie International Conference Centre. Pendant mois, les experts ont quadrillé la région pour prélever des échantillons aux fins d'analyses tant au niveau des marécages que du lagon.

1000 mètres carrés en moins chaque année

Les premières conclusions de l'étude viennent ainsi établir que près de deux tiers des marécages ont été comblés depuis 1975. Soit 66% des marécages ont disparu. Selon la tendance notée, cette pratique dévastatrice se poursuit actuellement au rythme de 1000 mètres carrés par an. "It can be observed that some of the wetlands have been partially backfilled whilst others have been totally backfilled", est-il indiqué. Le constat souligne que 39 hectares de marécages ont été comblés. Les plus affectés, Grande Mare Longue, qui a été charcuté en trois portions et Mare Michaux qui a été séparé en deux. Ce qui pousse les experts à jeter un regard encore plus inquiet sur le devenir de ces sites naturel : "all wetlands are at risk of backfilling beacause of the intense speculation which has been generated by the Grand Baie Waterfront Project."

Le rapport Gibb tire ainsi la sonnette d'alarme sur les risques d'inondation que la disparition des marécages pourrait entraîner dans cette zone côtière, particulièrement à Camp Carol et Cité Lumière. "The principal impact of backfilling of wetlands has been the considerable increase in flooding risks and damages as a result of thereof on habitations within the flood prone area. The flooding risks at Camp Carol and Cité Lumière are highest because the residential areas have been built on low-lying reclaimedf wetland. Those residential areas are found at level which are within the floodlines of the old Grande Mare Longue, i.e between 0,5 and 2,0m. They are also found below the level of the drain servicing in Grand-Baie-Cap Malheureux", est-il souligné.

Sérieux risques d'eutrophisation

Les modfications apportées à l'ensemble de la topographie des marécages, tant à Grande Mare Longue qu'au Centre de conférence de Grand-Baie, pourraient avoir des conséquences directes sur la communauté. Valeur du jour, d'après les recherches effectuées, il n'existerait que deux drains naturels à Cité Carol et Cité Lumière pouvant aider à la canalisation de l'eau vers la mer. Les autres marécages, est-il indiqué, ont quasi été isolés; le système de drain en place à Grand-Baie, souligne le rapport, "have been found to be poorly designed, not properly maintened, and as such blocked." Certains développements tels que la construction du parking de Super-U, sans provision de drains, vient également aggraver le problème.

Le rapport établi également les risques d'eutrophisation avec le comblage excessif des marécages. D'après les analyses effectuées à partir des échantillons prélevés à différents niveaux, il a été établi que l'eau de surface et souterraine, ainsi que le lagon ont été contaminés par des polluants chimiques dont les sources peuvent provenir des eaux usées et de fertilisants. Les eaux domestiques usées, non traitées, sont également considérées comme une sérieuse menace à la santé.

Biodiversité appauvrie

"The analysis of goundwater and surface water shows that the aquifer in the Grand Baie area is polluted with nitrate, phosphate and coliforms", est-il indiqué, alors que pour la qualité de l'eau dans le lagon, il est recommandé que des études plus poussées et fréquentes doivent être entreprises dans ce sens : "the desk study showed that the lagoon of Grand-Baie was under stress already back in 1994, the presence of coliforms having been noted in bathing areas at low tide, although no serious health risk was identified in this study. The marine study confirmed the detoriation of the lagoon as compared to other sites which are less impacted by human activities. There has been an increase in détrital sediment and nutrients (nitrates and phosphates) loading on the lagoon environment between 1994 and 2002."

Sur le plan écologique, l'étude fait ressortir que la biodiversité des marécages existants s'est considérablement appauvrie durant ces dernières années. Du côté de la mer, si le récif corallien n'a donné aucun signe de dégradation, par contre, il est indiqué que la baie de Grand-Baie "is an ecologically impoverished area."

Hormis les recommandations formulées dans ce rapport (voir plus loin), les experts font ressortir que la conservation des marécages est impérative dans la mesure où ils agissent comme des "flood regulators" et permettent de rehausser la valeur écologique de la région. "The conservation of wetlands of Grand Baie will not only enhance the landscape and ecological value of the area but will also provide for the maintenance of the high quality of the water in the Grand Baie Lagoon", font-ils remarquer.


Recommandations
Nouveaux drains au coût de Rs 22 millions
Le rapport Gibb préconise que des travaux soient entrepris pour réhabiliter et aménager de nouveaux drains dans le but de réduire les risques d'inondations. Selon les premières estimations, Rs 22 millions seront nécessaires pour ce projet. Dans ce même contexte, le rapport préconise également le "linking" de Grande Mare Longue à Mare Michaux, ainsi que la réhabilitation du système de canalisation de Mare Michaux vers la mer. Concernant le Grand-Baie International Conference Centre, les drains seront également réhabilités et un nouveau système de canalisation sera également mis en place.
Wetlands : zones de conservation
Les experts recommandent fermement aux autorités de mettre en place un programme en vue de protéger et conserver la faune et la flore de ce qui reste des marécages à Grand-Baie. Ils proposent que les marécages de cette zone côtière soient considérés comme des zones de conservation sous les dispositions de la Convention de Ramsar, dont Maurice est un des signataires. "It is important that all wetlands in Grand Baie be conserved on the basis of the important roles that they perform with respect to flood control and protecting the water quality in the lagoon of Grand Baie. It is important to note that as per the Ramsar Convention and the Strategic Framework and Guidelines for the Future Development of the List of Wetlands of International importance (1999)."
Revoir le projet du New Grand Baie Inner Bypass
Dans le cadre du projet de développement intégré à Grand Baie, les experts de Gibb (Mauritius) estiment que le ministère de l'Environnement et la Road Development Authority devront se concerter pour redéfinir le tracé du New Grand Baie Inner Bypass. D'après le plan établi, une partie des marécages devra être comblée pour concrétiser ce projet. "The Grand Baie Inner Bypass will cut across the link between Grande Mare Longue and Mare Michaux and in this respect, adequate provision will have to be made in the design of the road to allow for a connection between the wetlands. The phasing of works for the drains at the Village Hall la will also be important as new drains will be provided for the Plaines des Papayes Road under the Grand Baie Inner Bypass Project", est-il recommandé.


Le Week End 9 Fevrier 2003