Pollution marine et lagon comblé: Les pêcheurs de Port-Louis réclament des compensations égales


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L'Association des pêcheurs de Port-Louis (APPL), dont le porte-parole est Mario Flore, a réclamé, jeudi dernier, des réajustements aux compensations payées aux pêcheurs affectés par la pollution industrielle et les travaux de développement infrastructurel portuaire qui ont affecté le lagon. Selon l'Association, les autorités font preuve jusqu'ici "de discrimination dans le paiement de ces compensations".

L'APPL a suggéré au gouvernement trois mesures qui permettraient aux pêcheurs de Port-Louis actuellement poussés au chômage de gagner dignement leur vie : a) l'octroi de terrains pour faire de l'agriculture et de l'élevage ; b) des contrats pour le nettoyage des plages ; et, c) une part du business de revente de poisson (by catches) débarqués au port par les chalutiers étrangers.

Selon l'APPL, ce business, qui génère des profits substantiels, a été accaparé par des agents politiques alors qu'une coopérative de pêcheurs aurait pu réinvestir ces profits dans des chalutiers fiables pour la pêche hors lagon.

S'appuyant ainsi sur les conclusions du rapport Forget déposé en l'an 2000, M. Flore a rappelé que le déversement des déchets industriels et les divers travaux de développement infrastructurel portuaire ont rendu impossibles et dangereuses les activités de pêche autour de Port-Louis, forçant plus de trois cent pères de familles au chômage. Toujours selon M. Flore, pas plus tard que jeudi dernier, lors d'une réunion officielle, un haut cadre du ministère de la Pêche a confirmé que cette situation va perdurer jusqu'au delà de 2004. D'après le porte-parole de l'Association, c'est suite à des négociations entamées avec l'ancien ministre de l'Agriculture, Arvin Boolell, que le gouvernement, au début de l'an 2000, avait décidé de verser Rs 50 000 aux pêcheurs de la région de Roche-Bois pour les compenser des dégâts infligés au lagon de Mer-Rouge. Par la suite, le dragueur Marco Polo ayant aussi fait des dégâts à Baie-du-Tombeau, les pêcheurs de cette région se mobilisèrent et le ministre des Finances d'alors, Vasant Bunwaree, accepta de leur faire le même paiement.

Rs 150 000 à chacun !

Toujours selon M. Flore, alors qu'il était devenu évident entretemps pour tout le monde que les effets des travaux de développement infrastructurels portuaires avaient des retombées égales sur tout le lagon de Port-Louis - depuis Baie-du-Tombeau jusqu'à Pointe-aux-Sables -, en 2001, l'actuel gouvernement décida, en catimini, de payer Rs 100 000 supplémentaires, mais uniquement à des pêcheurs de Roche-Bois opérant à Mer-Rouge. M. Flore a allégué que, parmi les bénéficiaires se trouvaient quelques pêcheurs venant de Pointe-aux-Piments ainsi que des pêcheurs qui pouvaient à peine faire preuve d'un ou deux mois d'activités en tant que tel tandis que "six pêcheurs de carrière" de Roche-Bois en furent privés.

Selon M. Flore, "il a prévalu un grand désordre, une grande discrimination dans la manière dont les compensations ont été payées" quant aux dégâts provoqués par les travaux et les permis industriels d'extraction de sable. Certains, comme à Roche-Bois, ont obtenu au total Rs 150 000 ; d'autres Rs 23 000; d'autres Rs 13 000 et d'autres seulement Rs 7 000. Il y a même des pêcheurs de Fort-George qui n'ont pas reçu le moindre sou. Pour le porte-parole de l'Association des pêcheurs de Port-Louis, "le gouvernement a agi de manière discriminatoire. Les compensations sont financées par la caisse publique et il n'est pas juste d'utiliser l'argent public pour récompenser ceux que l'on a envie et à des taux arbitraires". L'objectif de l'APPL, a déclaré M. Flore, est "d'obtenir que toutes les compensations soient réajustées de manière que chaque pêcheur détenant une carte et qui ne peut plus gagner sa vie dans le lagon portlouisien s'en sorte avec Rs 150 000 parce que tous ont souffert de la même manière".

Alternatives pour gagner dignement sa vie

M. Flore a rappelé que le Comité Forget avait prévu que les effets de la pollution dans le lagon nécessitaient l'interdiction de mettre en vente les poissons du lagon de Port-Louis en raison des risques toxiques. Ainsi, le comité avait recommandé le paiement d'une pension de Rs 2 000 pendant deux ans. Or, selon M. Flore, un haut - cadre du ministère de la Pêche, M. Ghoorah, est venu confirmer dans un comité, jeudi dernier, que les effets néfastes de la pollution allaient perdurer au moins jusqu'à la fin de 2004. Selon l'APPL, ce prolongement des effets de la pollution qui empêchera toujours les pêcheurs de gagner leur vie doit impérativement également et logiquement déboucher sur l'extension du paiement de la pension. Toutefois, selon M. Flore, le montant de cette pension doit être porté à Rs 5 000 afin de permettre aux pêcheurs condamnés à rester à terre de faire vivre décemment leurs familles.

Le porte-parole de l'APPL dit être "parfaitement conscients que certaines personnes vont trouver cette demande d'une pension de Rs 5 000 comme une nouvelle forme d'assistance inappropriée". C'est pourquoi, a déclaré M. Flore, l'association affirme que si la pension n'est pas acceptée, il existe d'autres mesures alternatives pour aider les pêcheurs concernés à s'en sortir. L'État est en mesure de regrouper les pêcheurs dans une coopérative et d'offrir des terrains pour des activités d'élevage et agricoles. L'État peut révoquer des contrats de nettoyage des plages octroyés à des compagnies privés pour les confier à cette coopérative et, selon M. Flore, le gouvernement devrait également revoir tout le business de la revente des poissons abîmés, mais encore consommable, qui se fait dans le port. L'APPL trouve en effet bizarre comment la Coopérative des pêcheurs de l'île Maurice, qui détenait le monopole de ce business florissant, a pu faire faillite. Selon M. Flore, cela serait la conséquence de l'accaparement de ce business par des compagnies dirigées par des agents très musclés des partis politiques au pouvoir, y compris le frère d'un ministre et un fonctionnaire proche d'un autre ministre.

Selon M. Flore, ne serait-ce qu'une petite part de ce business qui rapporte des millions de roupies de profits aurait pu permettre à une coopérative de "vrais pêcheurs" de Port-Louis au chômage d'acheter des bateaux plus solides qui permettraient la pêche hors lagon, là d'ailleurs où réside leur avenir.

Le débat concerne quelque trois-cent cinquante familles, en majorité, très nombreuses des régions périphériques de la capitale.

Le Week End 9 Fevrier 2003