Notre invité de ce dimanche est le ministre de l'Environnement, responsable local de l'organisation de la conférence des Small Island Developing States (SIDS)


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Notre invité de ce dimanche est le ministre de l'Environnement, responsable local de l'organisation de la conférence des Small Island Developing States (SIDS). Le premier volet de l'interview est consacré au sommet de Maurice, à son organisation et aux critiques qu'elle a suscitées. Le deuxième volet est dédié à l'actualité politique locale et aux prochaines élections générales.

Question bête que de nombreux Mauriciens se posent: qu'est-ce que le SIDS ? Je suis convaincu que tous les Mauriciens ont entendu parler du SIDS, ne serait-ce que de son sigle, parce que nous avons lancé une campagne d'explication depuis plusieurs mois. SIDS veut dire Small Island Developing States, les petites îles en développement dont l'existence sur la carte du monde en tant qu'entité commence à être connue. La conférence qui commence lundi va permettre une prise de conscience au niveau international de l'existence des petites îles et de leur vulnérabilité. Elle découle du sommet de Rio, qui a eu lieu il y a plus de dix ans, et qui fut suivie d'une conférence à la Barbade où la question de l'environnement des petites îles fut abordée et un plan d'action en quatorze points décidé. Au sommet suivant, qui eut lieu à Johannesbourg, il fut décidé qu'il était temps de faire une évaluation du nombre de mesures prises et leurs résultats. Quel est le pourcentage des décisions prises à la Barbade qui ont été mises en pratique ? Il faut admettre que, globalement, nous n'avons pas fait beaucoup de progrès par rapport aux décisions prises. Il faut malheureusement reconnaître que toutes les décisions prises lors des sommets ne sont pas automatiquement suivies d'une mise en pratique, c'est ce qui a été établi au niveau des trois réunions régionales préparatoires du sommet des SIDS. Je tiens à souligner qu'en dépit du fait que Maurice n'a pas atteint tous les objectifs fixés, nous avons quand même fait pas mal de travail. Comment Maurice a-t-elle été choisie pour être l'île hôte du sommet des SIDS ? Au sommet des Nations unies sur l'environnement de Johannesbourg, qui eut lieu en 2002, sir Anerood Jugnauth, qui était alors Premier ministre du pays, a proposé que Maurice soit l'hôte pour le premier sommet des petites îles de la planète, dont l'organisation venait d'être décidée. Cette proposition fut acceptée par les représentants des petites îles avant d'être, subséquemment, ratifiée par les Nations unies à travers une résolution. Une conférence de cette dimension nécessite un important investissement financier. Eu égard à la situation économique locale qui est loin d'être au beau fixe, est-ce que Maurice a les moyens de s'offrir cette conférence ? Quelles sont les dépenses que Maurice aura à encourir pour ce sommet ? Le magnifique centre de conférences nous a été offert par le gouvernement indien et va devenir un pôle important pour le secteur touristique et l'organisation des foires internationales. Nous avons dépensé environ deux millions de dollars pour les frais de la conférence en termes de personnel et d'équipement des Nations unies. Il faut savoir que Maurice ne paye ni les billets d'avion ni l'hébergement des délégués… Même ceux des chefs d'État ou de gouvernement ? Je voudrais faire ressortir avec force le fait suivant: nous sommes un État indépendant dont les représentants participent souvent à des sommets internationaux. Il existe des normes pour ce genre de manifestations et nous ne faisons que les respecter. Nous allons accueillir au cours de ce sommet le secrétaire général des Nations unies, le directeur général du Commonwealth, le directeur exécutif de l'UNESCO, des Premiers ministres et des chefs de gouvernement des petits États. Il existe pour la réception de ces personnalités des normes internationales que nous devons respecter. Dont l'achat de quelques douzaines de berlines qui seront utilisées pour les besoins de cette conférence de moins d'une semaine ! Nous avons fait l'acquisition de ces voitures toujours pour respecter les normes qui régissent les conférences internationales. Ce sont des normes que tous les gouvernements sont tenus de respecter et qui l'ont été à Maurice lors de la conférence des ACP, de l'AGOA et plus loin dans le passé, lors de la fameuse conférence de l'OCAM. Nous avons fait un arrangement avec une compagnie importatrice de voitures pour un nombre d'automobiles qui va servir pour la conférence avant de rejoindre la flotte gouvernementale tandis qu'un certain nombre d'autres voitures ont été vendues. Nous n'avons rien inventé: c'est un système en vigueur au niveau international quoi que puissent affirmer les démagogues de l'opposition. Peut-on dire que l'objectif de ce sommet est de mettre l'accent sur l'existence des petits pays qui ont des problèmes économiques, d'exposer leurs problèmes et d'essayer de dégager des solutions pour leur venir en aide ? Vous avez tout compris. Est-ce qu'il n'aurait pas été plus rationnel d'utiliser les sommes qui vont servir à financer le sommet pour la création d'un fonds qui aurait pu être utilisé de manière concrète pour améliorer la situation des petits États insulaires ? Je pourrais vous dire que votre raisonnement équivaut à dire que les petits pays ne devraient pas avoir le droit de s'associer et d'organiser un sommet pour obliger les grands pays à se pencher sur leur existence. Ce qu'il faut prendre en compte, c'est ce qui va sortir de ce sommet. Cette réunion va permettre de trouver les moyens nécessaires pour la mise en œuvre d'un programme d'action pour les petites îles. Par ailleurs et au niveau local, il ne faut pas négliger ce que la tenue de ce sommet va rapporter à Maurice en termes de crédibilité et de visibilité au niveau international. Notre pays a une réputation internationale qui ne sera que rehaussée par la tenue de ce sommet, et cela n'a pas de prix. Permettez-moi d'insister Rajesh Bhagwan. Vous pensez vraiment qu'un chef de gouvernement d'une petite île va mieux défendre les intérêts de son pays quand il va voyager en berline grand luxe pour assister au sommet des SIDS ? Un chef d'État ou de gouvernement d'un pays a droit à un statut et un traitement fixé par les normes internationales. Savez-vous qu'en dépit de la situation où se trouve son pays, le chef de gouvernement des Maldives vient de confirmer sa venue au sommet ? Pas pour voyager en berline, mais pour venir expliquer ce que son pays vient de subir et réfléchir avec les autres participants aux moyens de mettre sur pied un système de surveillance qui va protéger les petites îles. Ne réduisons pas cette conférence extrêmement importante, surtout après ce qui vient de se passer le 26 décembre, à une simple question de cylindrées ou de nombre de portes de voiture ! Maurice est le pays hôte d'une conférence internationale, notre devoir est d'accueillir comme il se doit nos invités, le reste n'est que de la petite démagogie. Que faut-il attendre concrètement du sommet des SIDS ? En raison de la catastrophe que viennent de subir des pays et surtout des petites îles de l'océan Indien, le sommet représente un tournant décisif dans la prise de conscience internationale des spécificités de petites îles et des menaces auxquelles elles doivent faire face. Cela fait des années que nous parlons de notre vulnérabilité face aux catastrophes naturelles, ce sommet va nous permettre d'en parler avec plus de force et de dégager, à partir des expériences récentes tragiques, des solutions qui seront à l'avantage de toute la communauté. Cyniquement, on peut dire que le tsunami va servir les besoins de la conférence ? Cette catastrophe sans précédent explique sans doute mieux que n'importe quel grand discours savant la vulnérabilité des petits États face aux catastrophes naturelles. Cette catastrophe va nous permettre de discuter des failles ou carrément de l'inexistence de système de surveillance et de protection. Est-ce que l'utilisation d'une photo d'un cocotier secoué par un vent cyclonique face à une mer déchaînée avec une immense vague n'est pas une récupération opportuniste du tsunami pour en faire une affiche dramatique mais commerciale ? Merci pour cette question qui me permet de faire une mise au point nécessaire. À l'origine, le sommet des SIDS devait avoir lieu au mois de septembre 2004 et, comme au ministère de l'Environnement, gouverner c'est prévoir, toute la campagne de communication avait été planifiée bien avant septembre. L'affiche dont vous parlez a été conçue depuis des mois et n'a rien à faire avec le tsunami. Cette image, qui a aujourd'hui une signification dramatique, fait partie de la vie des îles qui subissent les cyclones et les raz-de-marée. Il n'y a pas eu d'utilisation du tsunami pour notre campagne de communication. Nous ne sommes pas de ceux qui jouent avec le malheur et la douleur de nos voisins. N'oublions pas que nous aurions pu être les victimes du tsunami comme l'ont été nos voisins des Maldives, des Seychelles et de La Réunion. Combien de pays et de délégués vont participer au sommet de Maurice ? À l'heure où je parle en ce vendredi après-midi, nous attendons plus de 1 500 délégués représentant plus de cent pays. Je crois que nous pouvons légitimement dire que le sommet est déjà, uniquement du point de vue de la participation, un succès. C'est une fierté nationale pour nous. Ce sommet ne sera pas marqué par le gaspillage, le tam-tam et le dialsa et le bla-bla, mais sera une conférence au cours de laquelle des sujets importants pour notre avenir seront abordés et étudiés. Vous le disiez au départ de cette interview Rajesh Bhagwan: les décisions prises dans les conférences internationales ne sont pas toujours mises en pratique. Qu'est-ce qui va différencier le sommet de Maurice des précédentes conférences internationales au niveau du suivi ? Déjà au sommet de Johannesbourg, on avait constaté que la conférence de Rio n'avait pas été suivie de grands progrès et qu'une des décisions prises était en faveur de réunions suivies d'analyse de résultats. Je peux vous annoncer que les organisateurs du sommet de Maurice travaillent déjà sur l'après-conférence. Les décisions prises ici seront communiquées et discutées avec une réunion qui aura lieu au Japon. Je peux également vous dire que les petits pays doivent organiser des lobbies permanents pour faire entendre leurs voix et sensibiliser à leurs problèmes et difficultés. Peut-on dire à la veille de l'ouverture de ce sommet que vous êtes satisfait non seulement de son organisation mais des résultats qui seront obtenus ? Je suis satisfait à tous les points de vue du travail de tous ceux qui ont participé à son organisation. Je suis satisfait de la volonté de dirigeants des pays concernés de travailler ensemble. Je suis également satisfait de l'intérêt que manifestent les grands pays, ou si vous préférez, les grandes puissances pour ce sommet. Je suis également satisfait du niveau des communications qui seront présentées et suis certain que les décisions nécessaires seront prises et exécutées. Faut-il mettre également dans le dossier des décisions nécessaires le fait que le gouvernement ait fait modifier le tracé de la route de Ferney sur la pression des écologistes ? Je ne suis pas d'accord avec la phrase "sur la pression des écologistes", car elle ne correspond pas à la réalité. Les écologistes sont venus rejoindre les observations des experts du gouvernement. Mais je ne veux pas faire de polémique. Je me contente de souligner qu'il faut mettre au crédit de ce gouvernement le fait qu'il est à l'écoute des forces vives et des ONG. A-t-on connu dans ce pays beaucoup de Premiers ministres et de ministres aussi présents sur le terrain pour suivre les projets que Paul Bérenger et les membres de son gouvernement ? Au lieu de focaliser sur le fait que le gouvernement ait cédé aux ONG, on devrait au contraire se féliciter qu'il soit capable de changer de position sur un projet quand il s'agit de l'intérêt national. Passons à la politique locale. Quel est votre commentaire sur le fait que le leader de l'opposition sera probablement absent du pays pour le sommet du SIDS ? Tout simplement que cette absence, pour ne pas dire ce boycott, prouve le manque de sérieux de Navin Ramgoolam et son ignorance des questions internationales. Comment peut-on aspirer à redevenir Premier ministre de Maurice en boycottant une conférence internationale organisée par les Nations unies sur un sujet qui touche en premier lieu son propre pays et où seront présents des chefs de gouvernement et des représentants au plus haut niveau des institutions internationales ? Comment un homme politique qui se respecte et qui dit avoir à cœur les intérêts de son pays peut ne pas participer à une telle activité ? Les petites îles, les problèmes des Maldives, de Samoa ou de Nicobar et d'Andaman sont des sujets qui ne l'intéressent pas. Navin Ramgoolam n'est intéressé que par une grande île: l'Angleterre, où il peut se livrer à une de ses activités préférées, le white Christmas in London. Vous profitez de l'absence du leader de l'opposition pour faire son procès, Rajesh Bhagwan ! Pas du tout. C'est lui qui, par son absence du pays en ce moment particulier, me donne l'occasion, non pas de faire son procès, mais juste de rappeler ce qu'il est. Cette absence permet également aux Mauriciens de se rendre compte de ce qu'il est vraiment et les fortifier dans leur conviction de ne jamais le remettre au pouvoir. Comment disait-on lors de la campagne de 2000 ? No win with Navin. Permettez-moi de vous rappeler que 5 ans avant, c'est-à-dire en 1995, vous faisiez partie avec le MMM de ceux qui disaient "Jamais plus Jugnauth", pour en septembre 2000 hurler "Mille fois Jugnauth". Comme quoi, tout peut arriver en politique à Maurice, donc une énième alliance MMM/PTr à l'avenir n'est pas à écarter totalement. Je ne suis pas d'accord avec vous. Personne ne peut vouloir d'une alliance avec Navin Ramgoolam après son passage catastrophique au poste de Premier ministre. Il faut vraiment avoir la mémoire courte pour penser remettre Navin Ramgoolam au pouvoir. Si l'on en croit les astrologues qui se sont exprimés dans les journaux au début de l'année, non seulement une majorité de Mauriciens est en faveur d'un retour de Navin Ramgoolam à l'hôtel du gouvernement, mais les astres seraient également avec lui. Je suis trop occupé à faire mon travail comme ministre d'un gouvernement qui est en train de transformer radicalement le pays pour perdre du temps à consulter les horoscopes ou pour aller lire les prévisions des astrologues. Vous me dites que les astres et les astrologues sont avec Navin Ramgoolam: tant mieux pour lui. Nous, au MMM/MSM, ce que nous avons avec nous ce sont les Mauriciens qui n'ont pas besoin de regarder dans la comète pour voir le travail que ce gouvernement est en train de faire pour moderniser le pays et améliorer leurs conditions de vie. C'est ce que nous sommes en train de faire dans le concret et que les Mauriciens peuvent mesurer tous les jours: le changement positif de leurs conditions de vie. Et puis, je vais vous confier un secret: une élection ne se joue pas sur les prévisions des astrologues mais sur l'insatisfaction ou la satisfaction des électeurs ! Vous pensez que la majorité des Mauriciens est satisfaite du gouvernement MSM/MMM ? Je peux vous affirmer qu'une grosse majorité des Mauriciens ne veut pas d'un retour des travaillistes au pouvoir. Bien sûr, il y a des Mauriciens qui ne sont pas satisfaits de ce que fait le gouvernement pour de multiples raisons. On ne peut jamais satisfaire tout le monde. Mais je suis convaincu que quand il faudra choisir entre l'opposition et le gouvernement, le choix sera facile. Savez-vous pourquoi ? Parce que les résultats du travail commencé en 2000, de toutes les décisions prises depuis, deviennent de plus en plus visibles. Au cours des premières années, le gouvernement MSM/MMM ne pouvait que parler des projets mis en chantier. Depuis quelques mois, les résultats sont visibles et ils le seront de plus en plus au cours de cette année, et comme les Mauriciens sont loin d'être bêtes, ils sauront qui choisir quand le moment sera venu. Je vous trouve bien optimiste et à l'opposé de tout ce que disent les observateurs et les astrologues qui privilégient tous une victoire de l'opposition aux prochaines élections. Je suis un homme de terrain, je travaille dans le concret, pas dans les prévisions. Nous savons tous que les élections à Maurice se gagnent à travers une alliance. Or les bases du MMM et du MSM sont solides car nous avons démontré que non seulement nous pouvons travailler ensemble, mais nous le faisons bien et nous sommes déjà le gouvernement qui a eu la plus longue durée de vie depuis l'indépendance et nous serons le premier à être allés au bout de cette alliance. Dites-moi comment on peut battre une alliance composée de deux partis solides et un gouvernement qui disposera d'un bilan positif ? Donc, pour vous, le doute n'est pas permis: le MSM/MMM reviendra au pouvoir aux prochaines élections en dépit du fait qu'on laisse entendre qu'Anil Baichoo et quelques autres députés pourraient prendre prochainement leurs distances de l'alliance ? En tout cas, ce n'est pas ce que m'a dit tout récemment Anil Baichoo. Je viens de vous le démontrer de façon mathématique. J'ajoute toutefois qu'il n'y aura pas de 60-0, et c'est tant mieux, et que je prévois une victoire confortable de l'alliance MSM/MMM. De toutes les façons, Rajesh Bhagwan, même si vous étiez convaincu du contraire, vous ne le diriez pas dans le cadre d'une interview. Je vais vous répondre par deux questions simples. Premièrement, expliquez-moi pour quelles raisons les partisans du MSM et du MMM qui représentent une majorité des électeurs iraient voter pour l'opposition ? Deuxièmement, qu'est-ce qui va pousser un Mauricien sensé qui a vécu les années Ramgoolam et qui depuis septembre 2000 mesure la différence, à remettre son avenir et celui de ses enfants entre les mains du même Navin Ramgoolam ? Le vieux renard politique que vous êtes ne peut ignorer que l'électeur mauricien ne vote pas toujours en fonction de critères objectifs ! Je suis convaincu qu'il saura faire le bon choix pour lui, sa famille et son pays aux prochaines élections. 9 janvier 2005 Le Week End