Surexploitation de la flore rodriguaise Les artisans se lancent dans la reproduction des plantes endémiques


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Elément essentiel du patrimoine, indispensable à la production des objets artisanaux, les plantes endémiques à Rodrigues font actuellement l'objet d'un important projet de reproduction dirigé par la Mauritian Wildlife Foundation. A travers le financement de la GEF Small Grants Program, ce projet impliquant plus de 3 500 artisans, principalement des femmes, connaît actuellement un véritable succès dans l'île. D'ici quelques mois, plus de 80 000 espèces seront disséminées sur quatre sites localisés à Patate Théophile, Battue Madame, Montagne Goyave et Citron Donis. A long terme, une éventuelle surexploitation de la grande variété d'espèces endémiques ne devrait constituer aucune menace pour la biodiversité de l'île.

" Rodrigues has the third most endangered flora of all small oceanic islandů " Le constat de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) est sans ambiguïté. Au cours cette dernière décennie, Rodrigues assiste, sans réagir, à une dégénération et une surexploitation de sa flore. A ce jour, 94% de ses plantes sont en voie d'extinction - particulièrement les plantes à valeur médicinale -, alors que les feuilles de ces mêmes espèces endémiques sont de plus en plus utilisées comme matière première pour la production d'objets artisanaux. Depuis l'année dernière, la situation est passée au rouge : même les réserves naturelles sont illégalement envahies par ceux qui ont besoin des " précieuses " feuilles de vacoas ou de latanier pour produire des nattes, paniers, sacs et autres objets de décoration.

La forte demande en terme de matière première, estime la MWF, découle principalement de la création, en avril 2000, à Malabar, du National Handicraft Promotion Agency Centre. Ce projet a fait naître de nouvelles vocations commerciales et par ricochet une exploitation croissante des ressources naturelles. " The centre has the aim of further promoting artisanal products and building new capacity for design and marketing. With this new investment in handicrafts, it becomes even more imperative to develop sustainable use of the endemic plant resources that the sector depends uponů "

A partir de cette étude est né le projet de la MWF : " Sustainable use of rodriguan endemic plants. " En d'autres mots, un projet d'autosuffisance, financé par la UNDP-GEF Small Grants Program à hauteur de Rs 1,2 million : les artisans développeront leurs propres ressources en cultivant les espèces endémiques. Comme point de départ, la MWF s'est attelée à la tâche de lancer ce projet en mesurant dans un premier temps la valeur des ressources naturelles, ainsi que leur fonction écologique et médicinale.

Le 28 février de cette année, le projet a été lancé à travers l'organisation d'un stage de formation, dirigé par Pablo Eyzaguirre, expert en anthropologie et socioéconomie à l'International Plant Genetic Resources Institute (IPGRI). D'autres séances de formation ont également été organisées en vue d'inculquer les techniques, méthodes et connaissances inhérentes à la culture des plantes endémiques. Cela grâce la participation active de Mary-Jane Raboude, éducatrice de la MWF, et Richard Payendee, Conservation Manager de la MWF. Lors de ces cours de formation, les organisateurs ont adopté la formule " Participatory Action Research ", une méthode visant à impliquer ceux intéressés à travailler en groupe et à prendre les choses en main. " This enables the group to summarise information themselves and use their findings to inform their own decision-making and planning ", précise le Dr John Mauremootoo, Plant Conservation Manager à la MWF, dans son rapport.

Au bout de six mois, le "response" aura été plus que positif. A ce jour, plus de 3 500 personnes, artisans et "plant medicinal users" confondus, sont activement impliquées dans ce projet. Selon un "progressive report", les Rodriguais ont démontré un véritable enthousiasme pour se lancer dans la culture des plantes endémiques. Ils étaient tous " prepared to give time and labour for planting and maintenance of the community plantations. " De plus, certains artisans ont accepté que leurs terres soient utilisées comme "Back Yard Nursery", petit jardin où les graines sont aménagées pour la germination avant d'être plantées dans des petits pots (Potted Seadlings).

Reproduction de plus de 80 000 plantes endémiques

Cette première phase du projet s'est révélée très productive. Les différentes opérations dans l'île ont permis d'identifier une quinzaine d'espèces endémiques. Ces opérations ont aussi facilité la mise en place d'une banque de plants et de semences. Plus de 50 000 graines, dont 30 000 Pandanus Heterocarpus (vacoas), ont été collectées par les villageois et les dirigeants de la MWF. D'ici fin octobre, ces derniers procéderont à une transplantation des plantes sur quatre lopins de terre, alloués par le gouvernement à travers le ministère de Rodrigues, pour assurer leur développement.

Quatorze villages sont concernés par ce projet et ils ont été répartis en fonction des quatre sites identifiés, à savoir Patate Théophile (Trèfles, Patate Théophile et Trois Soleil), Battue Madame (Pompée, Eau Claire, Battue Madame et Camp Paul), Montagne Goyave (Citronelle, Dans Bébé et Montagne Goyave) et Citron Donis (Rémir, Citron Donis et Eau Vannée). Les graines rassemblées, puis plantées dans les " potted seadlings ", seront ensuite transplantées sur ces sites.

A terme, le projet " Sustainable use of rodriguan endemic plants ", étalé sur deux ans, devrait produire environ 80 000 plantes endémiques. Ce qui devrait ouvrir de nouvelles perspectives à l'artisanat rodriguais.

 

Le Week End 9 Septembre 2001