Ce que je souhaite pour mon pays pour les prochains 50 ans

 

(Note de Karim Jaufeerally: Ce court texte aurait du paraitre dans une édition spéciale du journal l’Express le samedi 27 avril 2013, célébrant le 50eme anniversaire de ce journal. Hélas pour des raisons techniques, le texte ne parut pas. Nous le mettons en ligne pour le bénéfice de nos visiteurs.

 

13 juin 2013

 

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Maurice est né de la mouvance coloniale de l’Occident qui avait commencé à envahir le Monde pour le dominer et l’exploiter sans limites. Cette mouvance débuta avec la destruction des Amériques, l’esclavage et le colonialisme. En parallèle de cette invasion physique eu lieu une invasion de l’imaginaire immatérielle du monde par une pensée tout aussi destructrice : la réduction de l’Univers à un assemblage sans but d’atomes et de molécules dansant sans fin dans une matrice tridimensionnelle, entre d’autres mots : le matérialisme et l’athéisme.

 

De cette croyance, le vivant, animal ou végétal et les êtres humains furent réduits à un mécanisme pur et dure, sans âmes, sans profondeurs ou tout est épiphénomène. Cette pensée issue d’une lecture étroite et bornée du Cartésianisme et des sciences modernes a fait des ravages sur la Planète car tout était réductible à de la matière brute, malléable à volonté. Le vivant n’étant là que pour être transformer en biens et services à souhait. La nature n’étant qu’un marche pieds d’une humanité triomphante en route vers un paradis matériel béat.

 

Cette pensée devint la vraie et seule religion acceptée de la modernité : une croyance en la toute puissance de l’homme, conquérant et dominateur de la nature, tout existe que pour lui. Tout lui est permis, car les seules limites acceptées sont celles de la science moderne. Cette religion a un dieu : Le développement matériel et une vague éthique : le relativisme culturel. Hors du développement, point de salut et damnation éternelle. Dieu est mort ! proclama Nietzsche effaré par la tournure que la Civilisation Occidentale dominante avait pris déjà à son époque. 

 

Bien sur, les avancées scientifiques et technologiques ont du bon mais les idées philosophiques (le matérialisme et l’athéisme) dans son sillage nous mènent droit au naufrage. Car après 300 ans de civilisation moderne, il devient hélas évident que notre matérialisme boulimique a déclenché des dynamiques que nous sommes bien incapables d’endiguées en dépit de notre puissance scientifique, technologique et économique.

 

Ainsi notre matérialisme effréné aidé par nos prouesses scientifiques et technologiques nous a poussés à mettre en place un système économique exponentiel, qui ne peut survivre que par une croissance éternelle, gaspilleur et totalement dépendant des énergies fossiles non renouvelables.

 

Avec un tel système, il est évident que tôt ou tard les limites physiques et matérielles de la planète allaient être franchies générant des crises à répétitions. Nous y sommes. Nous pouvons appeler cela les crises du CAFEE. Climatique, Alimentaire, Financière, Environnementale et Énergétiques.

 

Très brièvement, climatique car notre système économique brulant charbon, pétrole et gaz naturel à volonté augmente le taux de dioxyde de carbone dans l’atmosphère déstabilisant le climat. Alimentaire car la population mondiale augmente tandis que les terres arables diminuent, l’eau se fait rare par endroits. Financière, car la croissance n’est plus au rendez vous, donc les systèmes bancaires basés sur l’usure se fragilisent. Environnementale, car la destruction des sols, des forets, des océans ne font plus de doutes.

Energétiques, car la déplétion des ressources pétrolières est telle que la production mondiale de brut conventionnel stagne, les prix augmentent et le risque de déclin dans la production mondiale annuelle de brut toutes catégories incluses n’est qu’une question de temps. Et il n’existe aucune alternative crédible au pétrole pour le transport, élément essentiel de notre système économique moderne. Le naufrage de la civilisation moderne est annoncé. Lentement mais inexorablement, notre civilisation s’effrite sur les récifs de la réalité des limites physiques de notre planète. Notre monde que j’appelle maintenant l’ancien monde, est en train de mourir, le nouveau monde, le monde à venir, n’est pas encore né, la transition sera difficile mais pas impossible.

 

 

Je souhaite qu’avant 50 ans Maurice aura su bâtir, sur les décombres de notre présente civilisation, une nouvelle qui sera plus humaine, durable et cultivée. Pour cela il faudra savoir vivre en harmonie avec les autres, avec la Nature ainsi que de vivre une quête de sens.

 

Savoir vivre en harmonie avec les autres nous en avons déjà une grande expérience de part le multiculturalisme et l’enracinement profond de la démocratie dans notre société. Mais des forces obscures œuvrent contre cette harmonie, il faudra une vigilance accrue des citoyens pour qu’elle perdure.

 

Par contre nous allons devoir apprendre ou réapprendre à savoir vivre en harmonie avec la Nature, et donc cesser de vouloir tout transformer en biens et services de consommation à jeter après un bref emploi. Cela passe par une refonte de notre système économique qui ne pourra plus être un monstre dévorant avec pour but ultime un accroissement sans fin de richesses matérielles. Rien de mal à utiliser des ressources naturelles pour la satisfaction de besoins humains raisonnables, non à une exploitation démentielle pour satisfaire notre boulimie gaspilleuse.

 

Savoir vivre une quête de sens nous sera nettement plus difficile car il s’agit de baliser un cheminement spirituel sans virer dans une religiosité pénible, restrictive et intolérante. L’Histoire nous a suffisamment démontré les dangers que cela peut amener. Sans vouloir verser dans un prosélytisme gratuit, une quête de sens redécouvre le sacré que la modernité a oublié. Le sacré est un cheminement qui mène vers la réalisation que la vie n’est pas seulement un enchevêtrement de molécules qui s’auto-animent mais qu’à la source se trouve un vrai mystère, que notre conscience humaine n’est pas seulement un processus biochimique mais plus encore, un mystère, que notre aptitude a distingué le vrai, le bien et le beau n’est pas seulement la résultante d’un processus évolutif mais plus encore, un mystère.

 

La quête de sens peut se comprendre comme la contemplation de ces mystères pour s’en approcher tout en acceptant que nous ne pourrons jamais en saisir l’ultime finalité et que derrière tous ces mystères, en toute probabilité, se cache un Ordre Moral Supérieure que certains appelleront le Divin, et qu’en fin de compte nous en sommes que les humbles serviteurs.

 

Voila ce que je souhaite pour notre pays et pour notre planète.