Resumé français du rapport sur l'ile aux Bénitiers de Tania (Haberland) van Schalkwyk (Mars 2002)

 

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Section 1

Il n’y a apparemment pas de base technico-scientifique dans la classification du Gouvernement mettant l’Ile aux Bénitiers dans la catégorie « espace de loisirs », au lieu d’être mis dans la catégorie « réserve naturelle », comme il est suggéré.

De plus, il y a des contradictions entre les rapports préconisant la classification et la gestion et le sort réservés aux îlots.

Cela est vrai pour la classification de tous les îlots à Maurice. En 1994, Brian Bell a réalisé pour le compte de la « Jersey Wildlife Preservation Trust » une étude sur les îlots de Maurice : enquête de terrain et plan de gestion des îlots. En page 8 de ce rapport, les îlots sont placés dans quatre catégories :

- Réserve naturelle intégrale,

- Réserve naturelle ouverte (chaque îlot a des limites spécifiques mais peut recevoir différents niveaux de tourisme),

- Espace à vocation de loisirs et tourisme,

- Autres îlots : il est peu probable qu’il y ait les ressources nécessaires pour gérer des programmes majeurs de restauration, mais ils resteront des réserves passives pour que leurs valeurs soient maintenues et qu’ils ne se dégradent pas. Ces îlots pourront rester ouverts au public.

Cette classification est située dans le chapitre « Tourisme et Education » (la conservation de la nature est notablement absente de ce titre, mettant en évidence les priorités du rapport) avec la justification suivante : « selon leurs valeurs respectives en terme de conservation, éducation et tourisme ». (Bell 1994, p.8)

Nulle part dans le rapport, il n’est fait mention de l’environnement marin et de sa biodiversité.

Les observations sur l’environnement terrestre - flore et faune – sont limitées.

Cette classification est donc discutable.

Une étude plus approfondie sur l’ensemble des aspects, marins et terrestres, des écosystèmes est nécessaire, afin d’obtenir une classification exacte et pertinente sur ces îlots et leurs ressources.

De plus, le « Task Force 2001 » sur les îlots, issu du Ministère de l’Environnement, a réduit la classification à 3 catégories. Il est dit que :

- Etant donné que beaucoup d’îlots ont une valeur ou un potentiel important du point de vue conservation, le « Task Force » procède à une classification basée sur les définitions de l’IUCN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature, reconnue comme l’organisme mondial de conservation) et sur les recommandations du rapport Bell (1994). (p.25)

Cependant, le critère de « haute valeur ou potentiel de conservation » n’entre pas dans la démarche de réduire les 6 catégories de l’IUCN et les 4 de Bell.

Pour simplifier la classification, le « Task Force » a simplement intégré toutes les réserves passives du rapport Bell dans la troisième catégorie, c’est à dire la catégorie des espaces à vocation de tourisme et loisirs.

Cette simplification ne mentionne pas les catégories de l’IUCN, et n’est pas basée sur une évaluation de terrain (visites de sites, rapports, recherches sur la valeur des îlots). Seulement 10 sur 49 ont été évalués ; et de ces 10, seulement 7 (sur 49) ont été visités par le « Task Force », mais les 49 sont classifiés. (P8-9)

Selon les recommandations du « Task Force », « la sensibilité, la spécificité et la valeur environnementale de ces îlots ont été convenablement évaluées à partir de données collectées et de sites visités. » ( chapitre 10, p.63)

Il est clair que 42 îlots n’ont pas été visités par le « Task Force » et que les données ne sont pas clairement référencées.

La bibliographie est limitée sur tous les aspects, particulièrement sur l’évaluation scientifique de l’environnement marin : écosystèmes, biodiversité des lagons…dont ces îlots font partie intégrante.

Le « Task Force » dit que la classification a changé « car le contexte ayant changé, tous les îlots ont besoin d’être gérés et restaurés. » (p.27) Mais, il est évident que la restauration concerne davantage les catégories des réserves, ouvertes et intégrales, plus que les espaces à vocation de loisirs et tourisme.

En simplifiant la classification, le « Task Force » n’a pas mis ces réserves passives dans la meilleure situation de protection, et plus exactement il a mis ces îlots dans une catégorie d’îlots « ayant une faible biodiversité ou une faible valeur naturelle, mais ayant un potentiel pour le tourisme et les loisirs. » (p.28)

Donc, le « Task Force » a classifié 29 des 49 îlots comme ayant une biodiversité et une valeur naturelle limitées, au nom de la ‘restauration’ !

Le rapport propose également la création d’un parc national des îlots ; dans ce chapitre 10.5, après les sections 10.5.1 : « Définition du Parc National » et 10.5.2 « Raisonnement pour adopter l’option du Parc National » il est mentionné l’avis du « Forestry Service », c’est à dire section 10.5.3.

Même si ce chapitre est supposé parler du sort des 16 îlots définis dans l’option Parc National, il parle aussi du «  Forestry Service » qui « accepte que les îlots, sans valeur naturelle et avec une superficie importante (comme l’île aux Bénitiers et l’îlot Fourneau) peuvent être gardés pour un développement touristique (y compris un développement hôtelier). » (p.90-91)

On peut se poser les questions :

- Pourquoi des îlots qui ne sont pas inclus dans le Parc National, sont-ils mentionnés dans un chapitre consacré au Parc National ?

- Pourquoi dans un article de presse (L’Express du 7 février, page 3), il est dit que « un récent audit du Ministère de l’Environnement identifie l’île aux Bénitiers comme la seule pouvant soutenir un développement qui ne nuirait pas à l’écologie » ?

Selon le « Task Force », 29 des îlots ont cette biodiversité limitée ; et combien ont aussi une taille pouvant les rendre éligibles pour un développement touristique, même un hôtel ?

- Pourquoi n’y a t-il pas d’autres sections donnant les avis des services gérant les aspects pêche et environnement marin ?

- Est-ce qu’un rapport d’évaluation de l’environnement marin aurait aussi déclaré que la biodiversité est faible ?

- Pourquoi les recommandations du Task Force, suite à la visite de l’île aux Bénitiers, spécifient une possibilité d’écotourisme et non de tourisme ? (p. 80)

Pourquoi l’avis du Forestry Service (en contradiction avec les recommandations du Task Force) est mentionné dans le rapport du Task Force ? Et pourquoi sa position serait davantage couverte par la presse que celle du Task Force ?

Le rapport du « Task Force » choisit aussi de citer quelques extraits des recommandations de Bell pour l’île aux Bénitiers, oubliant, à leur convenance la déclaration qu’il ne doit pas y avoir d’hébergement («  there should be no overnighting » p. 139, Bell) et donc les projets résidentiels, d’hôtel et de camping doivent être écartés…

Les comptes rendus des visites des 7 îlots manquent d’observations scientifiques, notamment concernant l’île aux Bénitiers :

« Valeur de biodiversité :  sans grande importance, sauf pour les échassiers » p 43 ; rien sur la biodiversité marine…

Il a été vérifié que le Ministère des Pêches n’a fait aucune étude spécifique ou évaluation de l’environnement pour la région de L’Ile aux Bénitiers, et donc il n’existe aucun rapport… (lettre de la part du « Permanent Secretary » du Ministère des Pêches, le 11Mars 2002).

Il n’y a aucun rapport scientifique, et c’est une raison suffisante pour se demander comment sont prises les décisions du Gouvernement par rapport aux îlots.

C’est donc une raison suffisante pour :

- Arrêter le projet proposé pour l’île aux Bénitiers, car il est très discutable que le rapport du « Task Force » et le rapport Bell soient qualifiés pour définir que cet îlot « est un îlot où on pourrait développer le tourisme et les loisirs… » (p.152, Bell ; p. 79, Task Force)

- Réaliser une étude scientifique valable sur l’ensemble des îlots.

Jusqu’à ce que cette étude soit faite et approuvée, tous les plans de développement des îlots de Maurice doivent être arrêtés, et ces îlots doivent commencer à faire l’objet d’une protection.

 

 

Section 2

1- Les îlots autour de Maurice sont fragiles et importants pour les écosystèmes, les ressources et la biodiversité de notre île, pour diverses raisons :

- plus naturels et moins dégradés que les autres secteurs, donc plus fragiles,

- situation au cœur de l’écosystème marin,

- fragilité de leur environnement terrestre (notamment risques d’érosion) et importance des espèces endémiques.

2- Par conséquent, il y a encore plus d’impacts négatifs sur le lagon dus à des constructions, d’hôtels notamment, mais aussi résidentiel, terrain de golf, restaurant, ou d’autres projets commerciaux sur des îlots. Encore plus aussi en raison des risques de pollution marine dus aux incessantes allées et venues en bateau pour accéder aux îlots, aussi bien pour la construction qu’une fois en fonctionnement.

3- C’est pourquoi :

- Le rapport Bell dit clairement pour l’île aux Bénitiers que même si elle est dans la catégorie des îles à vocation touristique/loisirs, il ne doit pas y avoir d’hébergement («  there should be no overnighting » p. 139), et donc les projets résidentiels, d’hôtel et de camping doivent être écartés.

- Le « National Environmental Action Plan (1998) déclare dans la partie « Coastal Zone Management » qu’il faut améliorer la protection des îlots : réaliser un plan de gestion et restaurer leur biodiversité. (p. 175)

4- Les recommandations du NEAP vont jusqu’à évoquer la restauration de la biodiversité des îlots.

Donc, même si la biodiversité terrestre de l’île aux Bénitiers peut être dégradée, cela ne justifie pas davantage de dégradations, mais plutôt une protection et une restauration de ce potentiel unique de l’îlot.

5- La région sud-ouest est un des derniers endroits intacts de Maurice ; le lagon y est relativement préservé et cette région inclut la seule véritable réserve de forêt humide indigène.

Les terres agricoles y sont limitées, ainsi que l’industrie.

De ce fait, un minimum de matières polluantes s’écoulent de l’amont vers le lagon.

Les résultats sont :

- Un lagon, riche en vie marine, nourrissant un écosystème fragile : coraux, mammifères, reptiles, mollusques et poissons.

- Un mode de vie traditionnel (incluant la pêche) pour les habitants de la région,

- Une vie paisible et de qualité pour tous les visiteurs.

- De nombreux touristes sont attachés à cette région à la recherche d’authenticité et de nature :

L’actrice Emmanuelle Beart ( qui a visité Maurice 8 fois l’année derniére) a dit tout dernierement (weekend express, 17.02.02, p.38) :

"- et je passe des journées dans des endroits qui ne sont pas trés touristiques, dans le sud, la Riviere Noire, le Morne. J’aime passionnnément cet endroit de l’île."

6- L’île aux Bénitiers est riche en espèces (beaucoup pourraient être en danger ou en voie d’extinction) importantes pour la biodiversité et le développement durable de cette région, et pas seulement de l’îlot lui-même.

Les espèces marines : Mollusques : bènitiers, « tec tec », huîtres, « tipoulle », oursins, « hache d’armes »…

Coraux : acropora formosa, et hyacinthus, autres espèces de « staghorn », pocillopora, A.formosa…

Poissons : ……  « damselfish, including Humbug, butterflyfish, wrasses, chromis, parrotfish,surgeonfish, snappers, grunts, goatfish » ( « Field Notes compiled during site visits and reconnaissance, Mauritius, March 1995, Draft # 3» p.4, M. T Van’t Hoff )

Et reptiles.

La flore terrestre : bois de pipe,« kiss me quick » et espèces rares de phyllantus…

La faune terrestre : échassiers migrateurs qui viennent dormir sur les bancs de sable.

(p. 43-44 « Task Force Report » , 2001 ; p. 151 « Bell Report », 1994.)

Ces espèces doivent être protégées et d’autres réintroduites. Le développement perturberait et mettrait en danger ces espèces, particulièrement en raison de la pollution marine, du bruit, de la lumière, et d’une excessive fréquentation humaine.

7- Un développement hôtelier, comprenant hébergement, restauration, golf, autres loisirs, commerces…engendrera des allées et venues incessantes en bateau pour accéder à l’île.

Le niveau de l’eau autour de l’îlot est bas, et cela nécessitera un dragage de sable d’un volume énorme, ce qui causera une dégradation importante du lagon et de ses espèces.

8- Transformer le bail agricole de l’île aux Bénitiers en bail industriel et commercial créerait un précédent pour d’autres terres agricoles en zone côtière.

9- Tout développement sur l’île aux Bénitiers constituerait aussi un précédent pour tous les îlots de Maurice.

10- Le « Task Force » sur les îlots donne pour l’île aux Bénitiers les recommandations suivantes :

« L’îlot peut avoir une vocation écotouristique » (p.80)

La définition de l’écotourisme par l’ "International Ecotourism Society" est :

«  L’écotourisme est un voyage responsable dans une région naturelle qui protège l’environnement et améliore le bien être de ses habitants ».

- Il est clair que tout développement sur cet îlot perturbera l’environnement et ne participera pas à sa conservation, et qu'il ne correspondra pas à la définition de l'écotourisme.

- Concernant le bien être des habitants, la réponse habituelle est de dire qu’un développement hôtelier apporte beaucoup d’emplois à la région. Ce raisonnement n’est pas bon, pour plusieurs raisons :

. Beaucoup de « jobs » et de petites entreprises existantes, liées à un type de tourisme plus diffus, seront touchés négativement par ce projet (piroguiers notamment),

. La dégradation du milieu marin affectera négativement l’activité de pêche des habitants, que ce soit commercial ou pour leur propre consommation,

. Ces activités de pêche artisanale et de tourisme participent à un mode de vie basé sur la multi- activité, dans lequel les habitants trouvent une qualité de vie.

. Beaucoup de ces emplois seront occupés par des personnes venant d'autres régions de l'île.

. La qualité de vie, le « bien être, ce n’est pas seulement l’emploi. La sérénité de la vie à la Gaulette, Coteau Raffin et Case Noyale sera définitivement perturbée par la pollution sous toutes ses formes, et par un accès réduit à l’îlot (qui constitue aussi un espace de vie pour les habitants du secteur).

. Enfin, le secteur du Tourisme est fragile, une saturation peut engendrer sa

diminution importante, et donc mettre en péril ces emplois créés.

- Maurice a atteint un point de saturation au niveau des implantations touristiques. Un développement accru aurait un impact négatif sur le tourisme lui même, autant dans la perspective commerciale que dans la perspective écotouristique.

Avec cette tendance, la perte d’emplois à terme sera plus importante que l’augmentation de l’emploi à court terme.

Même M. Oodiah, un sociologue qui ne croit pas que le Gouvernement donne trop de plages aux hôtels (L’Express Dimanche 3 mars 2002, page 9) réponds ainsi à la question sur la conservation des îlots :

«  Si l’on veut assurer la pérennité du secteur touristique, il faut se méfier de la tentation de développer coûte que coûte les îlots, ce qui serait contraire à une politique visionnaire tant nécessaire aujourd’hui ».

 

11- A part le N E A P , il y a de nombreux textes ( lois, « policies », conventions internationales…) protégeant l’environnement des îlots de Maurice et qui lient le Gouvernement :

(OPRC 90) Came into force 2nd March, 2000

Came into force 6th December 2000

12- Il existe des alternatives à ce projet, qui iraient davantage dans le sens d’une préservation & restauration, et d’une meilleure gestion de l’espace national et de nos ressources naturelles.

"Later, Lamer, Nu Ler, Sa mem Nu Lavie"…