Pour combien de temps encore durera pour nous l’abondant pétrole bon marché, force motrice de notre civilisation?

(Deuxième Partie)

Dans la première partie nous avons vus comment la production pétrolière va atteindre un maximum d’ici 2010 ou 2015 pour ensuite décliner graduèllement jusqu’à l’extinction de l’industrie pétrolière dans un lointain future. Dans cette deuxième partie, nous tenterons de cerner les conséquences économiques de ce pic pétrolier.

Nous savons que 70% du pétrole est utilisé pour faire fonctionner 95% des moyens de transport mondiaux, il en découle que le transport sera grandement affecté et perturbé par le pic de production. Le transport de biens et de personnes deviendra de plus en plus chèr et avec le déclin dans la production, même en payant très chèr, il y aura moins de moyens de transport disponible. Le transport intérieur et le transport international entreront en contraction. Il ne sera plus possible d’exporter donc d’importer autant de marchandises qu’auparavant. La globalisation qui consiste à délocaliser la production de biens là où c’est le plus rentable ne pourra plus continuer de plus belle. La globalisation entrera dans une période de contraction prolongée.

La production industrielle devra se rapprocher de ses marchés solvables. S’en suivra une relocalisation industrielle. Cela veut dire qu’une part grandissante des besoins en produits manufacturés devront être satisfait par l’industrie locale qui à son tour devra utiliser de plus en plus (mais pas exclusivement) des matières premières locales ou recyclées localement et d’utiliser de l’énergie renouvelable principalement. Ceci n’est pas une mince affaire. Ce sera un défi permanent, dans un contexte de décroissance petrolière, de satisfaire, si tant soit peu, la demande en produits manufacturés et de maintenir intact l’appareil industriel. Il est également évident que notre boulimie consommatrice va être guerie par la force des choses. Nous allons devoir apprendre à vivre plus sobrement. Comme l’économiste français Serge Latouche le dit si bien il va falloir entrer dans une période de décroissance économique.

Ce n’est pas seulement la production industrielle et la globalisation qui seront affectées, mais c’est aussi et surtout nôtre sécurité alimentaire. A l’heure actuelle, près de 70% de notre consommation alimentaire à Maurice est importé, parfois de très loin, viande du Brèsil et d’Australie, lait de Nouvelle Zélande, riz du Pakistan, de l'Inde ou de Chine et ainsi de suite. De qui plus est, la production industrielle, moderne et globalisée de nourriture est grosse consomatrice d’énergie, pétrole et gaz naturel. Il est évident qu’avec le pic de production, les prix du baril aidant, le production et l’exportation de nourriture deviendra de plus en plus chère. Après quoi, il n’est pas impensable que des interruptions dans l’approvisionnement en nourriture se fassent sentir. Notre sécurité alimentaire sera chose du passé. Nous allons devoir dépendre de plus en plus sur notre propre production alimentaire pour nous nourrir, comme durant la Deuxième Guerre Mondiale, sauf que cette fois-çi, la population Mauricienne est deux fois plus nombreuse avec un rétrécissement très important de la surface arable. Un rétrécissement qui d’ailleurs ne fait qu’accélerér de part l’urbanisation démentielle qui s’étend sur nos meilleurs terres agricoles dans l’indifférence quasi générale. Il faut le dire clairement, dans les années qui viennent, notre facture alimentaire va augmenter radicalement, notre sécurité alimentaire ne sera plus garantie par l’importation et que par conséquent il va falloir produire une part grandissante de notre alimentation localement. Il s’en suit que le pays devrait faire un maximum tout de suite pour ralentir l’urbanisation des terres agricoles. De qui plus est, tous les intrants agricoles sont d’origines pétrolifères, donc avec le pic, ces intrants seront plus chérs et plus rares. Nous allons devoir passer à l’agriculture biologique que nous le voulions ou non. C’est pour cela que les techniques de compostage de déchets organiques sont d’une importance vitale pour Maurice. Il est maintenant d’une importance capitale d’encourager vivement la population mauricienne à recycler ses déchets végétaux pour en faire du composte et à l’utiliser dans des jardins potagers.

Le tourisme n’est pas en reste, bien au contraire, de par sa totale dépendance sur le transport aérien, cette industrie est appelée à être au premières loges. Jusqu’à l’heure, l’augmentation du prix du baril ne semble pas avoir eu grand effet sur les arrivées touristiques. Mais il ne faut pas se leurrer, si les prix du baril continuent à augmenter, un seuil va forcement être atteint où les touristes potentiels vont y réfléchir à deux fois avant de partir pour de lointaines destinations. Ils risquent fort de choisir des destinations plus proches de chez eux, donc potentiellement moins chère. Pour Maurice, cela voudra dire que notre source principale de touriste, l’Europe, risque d’être bien moins prolifique que de par le passé. Bien entendu, une fois le pic de production de pétrole dépassé, il est hors de question d’imaginer quelques augmentations dans les arrivées touristiques. Au contraire, l’industrie se trouvera confronter à une chute graduelle, mais prolongée dans les arrivées touristiques la précipitant dans le chaos. Il est, donc, illusoire de penser que le tourisme sera la planche de salut que tout le monde éspére.

Le pic de production pétrolier va également mettre à mal nos institutions financières car quand les prix du pétrole augmente rapidement une part grandissante des recettes de nos exportations de biens et de service doivent être utilisées pour l’achat de produits pétroliers et de lubrifiants. Ainsi, aussi étonnant que cela puisse paraitre, au fur et à mesure que la facture des importations de "Mineral Fuels and Lubricants", principalement due à des produits d’origines pétroliers, augmente par rapport aux exportations de biens et de services de Maurice, l’épargne a tendance à chuter. Ainsi, en 1981, 19% de nos exportations de biens et de services furent utilisées pour payer nos importations de "Mineral Fuels and Lubricants" et durant la même année, l’épargne chuta à 10% du Produit Intérieur Brut (PIB). La corrélation statistique n’est pas fortuite, de qui plus est, si jamais nous devrions consacrér jusqu’a 30% de nos exportations de biens et de services à l’importation de "Mineral Fuels and Lubricants", l’épargne chuterai à des niveaux proches du zéro! Même l’investissement a tendance à chuter quoique à un rhtyme moindre. Sur une base d’exportations de biens et de services de Rs 105 milliards, (en 2004, l’exportation de biens et de services fut de Rs 95 milliards), un baril à US $ 80 , en moyenne sur l’année, nous obligerai a consacré 20% de nos exportations à l’importation de "Mineral Fuels and Lubricants", à US$ 110, 30% de nos exportations passerai sous l’item "Mineral Fuels and Lubricants" et l’épargne chuterai aux alentours du 0% du PIB. Au-déla, l’épargne deviendrait négatif, autant dire que pour maintenir la consommation au niveau actuelle, Maurice serait dans l’obligation de dilapider l’épargne accummulée jusqu’alors. Une situation inténable s’ensuivrait. Qu’adviendrait-il de nos institutions financières dans une telle situation de prix du baril au-delà de US$ 110, décimant l’épargne et cela sur une longue période de temps ? Un scénario avec des prix trés élevés n’est plus irréaliste, surtout dans un contexte où la production pétrolière atteindrait son maximum dans les années qui viennent.

Très souvent, le public et même certains experts en matière énergétique, pensent que tôt ou tard, quelqu’un, quelque part, trouvera ou inventera quelque chose qui nous permettera de nous passer de pétrole, sans trop de problème, continuant ainsi notre petit bonhomme de chemin comme à l’accoutumé jusqu’à dans un lointain future. Ainsi, tantôt, c’est l’hydrogène (qui n’est pas une source énergie), la fusion thèrmonucléaire ou le nucléaire conventionnel, tantôt c’est l’énergie point zéro quantique et ainsi de suite. Tout ceci n’est que pure fantasme. Il y a deux raisons à cela, primo: à l’heure actuelle, aucune forme d’énergie aussi abondante, peu chère, concentrée et pratique que le pétrole n’a été découvert. Deuxio: même çi demain on découvre une source d’énergie fabuleuse à tout point de vue, historiquement il faut entre 20 et 30 ans pour passer d’une forme d’énergie dominante à une autre forme d’énergie dominante car il faut beaucoup de temps pour changer l’infrastructure qui sous-tend l’utilisation d’une forme donnée d’énergie.

Ainsi, tout le monde oublie que les formes d’énergies qu’utilise une civilisation caractérise cette même civilisation et même ses rapports avec la nature et entre les hommes. Au fur et à mesure que nous allons, par la force des choses, consommer moins de pétrole, notre civilisation va changer de forme et de fond. L’abondance pétrolière a crée une certaine civilisation, qui a pu, pendant un certain temps, se croire plus forte que la nature, capable de la dominer, capable de croire que la nature est étrangère à elle-même. Il y a eu séparation entre l’homme et la nature, ce dérnier se croyant distinct et non partie prenante de la nature. Cette absurdité de l’ésprit ne sera plus de mise, l’étendue de cette idiotie sera évidente pour tous.

Le vrai défi, n’est pas de passer à un autre régime énergetique, déjà en lui-même un enjeux formidable, mais bien et bel de ré-inventer une nouvelle civilisation, tout en gardant les acquis positifs de l’ancienne. C’est là le vrai défi qu’il faudra relevér maintenant, tout de suite, pas dans 10 ou 20 ans. Nous n’avons pas le temps de tervigerser et de sommnoler comme nous le faisons présentement. Bien entendu, l’invention d’une civilisation nouvelle ne peut-être le fruit de quelques-uns, il faut la participation de tous, de toutes les strates de la socièté, car cela concerne tous le monde sans distinction aucune. C’est pour cela que l’appel du Dr. Elahee de l'Université de Maurice pour la formation d’une plate-forme commune, nommée Revolution Energy, est très importante. Il faudrait que toute l’ile Maurice y soit présente. On ne peut pas sous-estimer la magnitude du défi qui nous attends.

Il y a des moments dans l’histoire du monde où la trajectoire d’une civilisation change de direction, car la dynamique sous-jacente de cette civilisation ne peut plus continuer comme auparavant. Ce sont des moments rares et graves car la future dynamique qui émergera, dominera cette civilisation pour longtemps. La dynamique qui a propulsé notre civilisation est en train de changer maintenant, nous avons une chance d’influencer la future dynamique qui émerge, mais pour cela, il faut que tout le monde comprenne les vrais enjeux du 21eme siècle, il faut que tout le monde participe à un effort de discussion, il faut que tout le monde réponde à l’appel du Docteur. Il n’y aura pas de seconde chance.

Karim Jaufeerally

Institute for Environmental and Legal Studies

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